ENSEMBLE, AVEC LE CHRIST, BATISSONS UN MONDE DE LUMIERE. SOYONS DES CONSTRUCTEURS ET NON DES DEMOLISSEURS. POUR LE CHRIST ET SON PEUPLE, TOUT EST POSSIBLE.

Éducation dans la société traditionnelle

Éducation dans la société traditionnelle

Éducation dans la société traditionnelle

 Parler d’éducation ou d’initiation traditionnelle africaine peut paraître hasardeux et tendancieux, compte tenu de la diversité culturelle que représente actuellement notre société en processus général d’urbanisation. Quoiqu’il en soit, nous nous proposons d’esquisser ici un aperçu global ou mieux des repères généraux qui par delà la multiplicité culturelle, peuvent constituer la toile de fond de l’initiation en général dans nos sociétés d’autrefois.

Néanmoins, il sied de noter que nous nous inspirons dans une large mesure de l’initiation chez l’ethnie kongo en général, groupe d’où sont issus les premiers occupants de Kinshasa et qui influent significativement sur les habitudes urbaines.

«Membre parasite d’abord, autonome ensuite, l’enfant rompt progressivement ses amarres d’avec le milieu et d’avec ses éducateurs non pas nécessairement comme ailleurs pour s’opposer à eux, mais il s’affirme pour les épauler efficacement dans la mesure de ses capacités propres»[1]. L’individu s’affirmait tellement que pour consacrer sa maturité sociale, son intégration officielle au statut d’adulte était l’objet d’une véritable décision et, avec l’autorisation de son groupe, le Mu-kongo subissait alors l’épreuve de l’initiation. Cette institution présentait, selon les milieux, plusieurs variantes portant notamment sur les noms, la durée, le lieu, le nombre, l’âge et le sexe[2].

1. Concept d’initiation

Le terme initiation, difficile et malaisé à définir, peut se comprendre comme action d’initier des néophytes aux mystères ou bien aux cérémonies qui accompagnent cette action. En retour, chaque maître initiateur exige de nouvelles vertus et recommande à ses adeptes une nouvelle vie, initium novae vitae.

Au sens figuré, l’initiation signifie la première introduction à certaines choses secrètes ou élevées. Il peut s’agir des connaissances ou de participation aux mystères de certaines divinités, par exemple. On parle ici, par extension, de la participation à une religion quelconque. Mais initier signifie aussi recevoir ou admettre quelqu’un dans une société, dans une compagnie; lui donner la connaissance d’une chose ou le mettre au fait d’un art, d’une affaire, d’une science, d’une sagesse, d’une profession. Bref, l’initiation est l’ensemble des mécanismes par lesquels on donne aux néophytes la connaissance des notions qu’ils ignorent. Elle est donc la mise au courant des jeunes par les aînés, comme la mise au fait des ignorants par les experts. Elle est le transfert des pouvoirs ou des techniques d’une génération à l’autre dans une société déterminée[3].

Quel que soit le domaine où on l’examine, l’initiation, nous apparaît, au sens strict, comme une étape de la vie: une phase qui couronne le processus des apprentissages. Aussi ce long processus constitue-t-il lui-même une initiation au sens large. En tant que telle, elle se confond avec l’éducation.

De cette manière, l’éducation devient le cadre de l’initiation. Et le transfert des connaissances étant toujours en processus, il n’a pas seulement lieu en un seul et unique instant. Il est le programme d’une vie. Il se fait tout au long de l’enfance depuis la prise de connaissance, jusqu’à l’âge adulte et même au-delà.

C’est la proximité des aînés qui fera acquérir aux jeunes les techniques et les connaissances cachées. Dans la formation initiatique, filles et garçons sont en effet séparés et confiés aux aînés, sages et expérimentés. Mais, les parents étant les plus proches restent les premiers initiateurs.

N’oublions pas cependant que dans le cadre proprement familial, l’action du père connaît un sursis, car pendant la période sensible (de 0 - 6 ans), l’enfant reste surtout sous la garde de la mère. Il nous semble qu’il ressort de la loi naturelle elle-même que:

L’être humain si faible et démuni à sa naissance ne parvient pas à survivre sans l’aide et les soins constants de ses parents et surtout ceux de sa mère. C’est sa tendresse et sa sollicitude, son dévouement et la qualité de son amour qui feront merveille et assureront en grande partie le développement normal du bébé et du petit enfant. La formation de sa personnalité et son futur pouvoir d’insertion dans la société dépendent largement de son éducation première et de ce que ses parents lui ont offert comme possibilités de développement[4].

À partir de l’âge de la raison ou de l’intelligence hypothético-déductive (8 - 12 ans), le père apprendra à l’enfant, au garçon, ce qu’un homme est censé faire et connaître: construction de la case, fabrication des outils de pêche, de chasse, de labour, les noms des plantes et leurs emplois dans la vie quotidienne. Il lui apprendra également l’histoire du clan, la tradition des ancêtres et les limites des terrains fonciers de la famille. «Hormis cela, l’enfant est mesuré, contrôlé, testé par des questions, attrapes, paradoxes, des cas concrets afin d’une solide formation. C’est son savoir-faire et son habileté en ce domaine qui lui vaudront tels égards et une préparation lente mais sûre à l’initiation proprement dite»[5].

Mais la mère dont l’action précède celle du père est beaucoup plus proche de l’enfant et cela dès la naissance. Elle influence en dehors de son activité physique différemment la formation par les contes, les proverbes, les devinettes, les anecdotes et les chansons. La mère veille aussi à l’enregistrement du vocabulaire usuel et à l’articulation des noms communs et propres. Elle apprend aussi l’histoire de l’installation du clan sur le site et le droit foncier.

Au demeurant, la mère mettra tout son honneur à initier les filles à la vie familiale, aux travaux ménagers et à ceux des champs. Car l’inaptitude à l’art culinaire ou la paresse résultent, dit-on, à la mauvaise initiation par la mère.

L’initiation à la vie est aussi menée de front par les anciens, oncles, tantes, grand-parents et aînés du clan, distingués par leur notoriété et leur expérience de la vie. Désignés pour cette fin, ils enseignent aux plus jeunes les règles de conduite, les grands principes moraux, les bonnes manières. Soulignons aussi l’action des frères aînés qui, en l’absence des responsables, assument ce rôle en surveillant l’exécution des ordres et contrôlent les capacités techniques des plus jeunes.

La tâche d’initiation en définitive est dévolue à tous. Les initiateurs inculquent aux enfants la connaissance des droits et des devoirs réciproques, le système des alliances avec les clans voisins. Car, si par souci d’harmonie, l’initiation vise essentiellement la parité, elle devra absolument éviter tout égalitarisme. Bref, tous les aînés de la grande famille ont la commune mission de transmettre aux plus jeunes une source d’enseignements moraux capables de les armer pour la vie.

Make a free website with emyspot - Signaler un contenu illicite sur ce site